Rencontre avec Michel Beaulieu, spécialiste en réhabilitation des terrains et des sols contaminés

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Anciennement Conseiller-expert au Ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC), M. Michel Beaulieu a également participé à la rédaction du Guide d’intervention de la Politique de protection des sols et de réhabilitation des terrains contaminés.

M. Beaulieu, vous avez travaillé dans le secteur des sols et eaux souterraines contaminés pendant plusieurs années. Vous avez donc été témoin de l’évolution de la politique de réhabilitation des terrains contaminés depuis son instauration. Pouvez-vous nous expliquer le contexte dans lequel cette politique a été mise en place?

M.B. – À la fin des années 1970, une partie des 22 000 tonnes de déchets toxiques enfouis à Love Canal – sous ce qui est devenu un quartier résidentiel de la ville de Niagara Falls aux États-Unis – fait résurgence, forçant l’évacuation des résidents. Cet événement déclenche une prise de conscience dans l’ensemble des pays occidentaux. À la fin de 1983, le Ministre de l’Environnement du Québec crée le Groupe d’étude et de restauration des lieux d’élimination de déchets dangereux (GERLED) pour répondre à cette question. Le GERLED a pour objectif de dresser la liste de ces lieux en plus d’évaluer leur degré de dangerosité. Fin 1984, la liste de 317 lieux est rendue publique. C’est donc à ce moment que la caractérisation et la réhabilitation de ces sites commencent, mais il n’existe aucune expertise et aucune ligne directrice. De plus, il n’existe aucun site de traitement ou lieu d’enfouissement pour les sols contaminés excavés!

Au printemps 1985, on découvre qu’un quartier résidentiel a été construit sur l’ancien dépotoir de Ville LaSalle, un des lieux listés par le GERLED. Nous nous retrouvons confrontés à un problème similaire à celui de Love Canal. Que dire aux gens qui habitent ce quartier? Que faire? Il y a urgence!

En effet, nous sommes en période de mutation industrielle. De nombreuses industries devenues vétustes ferment leurs portes. C’est l’exemple des raffineries de l’Est de Montréal. Celles-ci laissent tout derrière et disparaissent en douce, pendant que d’autres nous demandent ce qu’elles doivent faire.

Depuis l’instauration de cette politique, quels ont été les principaux défis rencontrés en réhabilitation de terrains contaminés?

M.B. – Le premier défi était d’établir des balises claires, acceptables et raisonnables afin de déterminer à quel moment il devenait nécessaire d’agir. Ces balises devaient aussi considérer la marche à suivre afin de se départir des sols excavés et contaminés.

Pour y arriver, la première Politique des critères génériques de réhabilitation des terrains contaminés s’inspira des critères qui existaient déjà aux Pays-Bas depuis quelques années. On y a alors intégré le concept de fonctionnalité, c’est-à-dire un niveau de décontamination lié à la sensibilité de l’usage projeté, soit une approche, à l’époque, unique au Québec.

Nous avons également très vite compris qu’il fallait lier caractérisation, réhabilitation et traitement. Il était judicieux d’excaver des sols contaminés pour récupérer des terrains, mais il fallait faire attention à ne pas en contaminer d’autres. Il était donc indispensable d’inventer de nouvelles solutions, car il n’en existait aucune à ce moment-là. Aujourd’hui, il existe plusieurs lieux d’enfouissement spécifiques pour les sols et un véritable réseau de lieux de traitement.  

Finalement, pendant longtemps, tout s’est fait sur une base volontaire. Il a fallu d’abord créer des lois et des règlements et rendre certaines interventions obligatoires, comme par exemple l’obligation pour les industries de caractériser et de réhabiliter lorsqu’elles cessent d’opérer.

Selon vous, quelles seraient les améliorations à apporter dans les prochaines années?

M.B. – La traçabilité des sols excavés est essentielle pour prévenir les dérives et la mise en place de programmes d’aide économique. Il serait également intéressant d’être en mesure de s’assurer, par des mécanismes de garantie financière que des industries en place, ou souhaitant s’installer, aient les moyens de faire face à d’éventuels épisodes de contamination, si ceux-ci surviennent.

Michel Beaulieu participera au panel «  30 ans de réhabilitation de terrains contaminés : où en sommes-nous? » le 10 mars prochain, 10h30, dans le cadre du Salon des technologies environnementales du Québec. Ce panel sera aussi composé de Maryse Dubois, Serge Barbeau et Mathieu Laporte-Saumure.