Économie circulaire: rencontre avec Daniel Normandin

Co-fondateur et directeur exécutif de l’Institut de l’environnement, du développement durable et de l’économie circulaire (EDDEC) du campus de l’Université de Montréal, il a auparavant participé à la mise sur pied et au déploiement de Quantis, une firme internationale de consultation spécialisée en analyse du cycle de vie.

Vous êtes reconnu comme le chef de file du mouvement circulaire au Québec, selon vous, le Québec est-il un bon élève? Comment nous situons-nous face au reste du monde?

Le concept d’économie circulaire a été introduit au Québec vers 2013, d’abord par l’organisme Villes et Régions Innovantes (VRIc), puis par l’Institut EDDEC, en 2014. En œuvrant à la fois sur le développement des connaissances et des compétences, en plus de la mobilisation et du dialogue avec les différents acteurs de la société, le concept s’est rapidement propagé à travers le Québec. On retrouve depuis une multitude d’initiatives tant publiques que privées; la plateforme quebeccirculaire.org vise d’ailleurs à les recenser. Face au reste du Canada, qui s’est tardivement intéressé au concept, nous pouvons sans conteste affirmer que le Québec est en avance, mais les progrès en Ontario et en Colombie-Britannique s’accélèrent, ce qui est une excellente nouvelle! Espérons que les autres provinces emboîteront le pas. Toutefois, lorsque l’on compare le Québec au reste du monde, il demeure un écart significatif, particulièrement face à l’Europe, où le concept a été introduit un peu avant 2010 et où des sommes massives sont investies par l’Union européenne pour le déployer. On y trouve également davantage de politiques publiques, de lois et de feuilles de route à l’échelle des territoires qui stimulent la transition vers ce nouveau modèle économique. L’Asie n’est pas en reste, où la transition est principalement portée par la Chine, le Japon et la Corée du Sud.    

Vous allez participer le 10 mars prochain au panel « Peut-on atteindre le zéro déchet et quels sont les outils pour y arriver? », pensez-vous que le Québec est prêt à relever ce défi? 

Je pense que les planètes commencent progressivement à s’aligner. Pour changer profondément les choses, cela nécessite malheureusement de passer par des crises, et celle du recyclage peut s’avérer bénéfique en ce sens. Il est clair que le zéro déchet ne pourra être atteint sans que l’économie circulaire ne devienne le modèle économique dominant, non seulement au Québec, mais sur la planète dans son ensemble, car les économies des états sont de plus en plus intégrées. Cela nécessitera une concertation et une coopération sans précédent.    

Montréal semble, dans son dernier plan de gestion, vouloir atteindre le « zéro déchet », la Ville pourrait-elle atteindre cet objectif? Si non pourquoi?

Je salue l’ambition de la Ville de Montréal, qui est une valeur incontournable dans la mise en œuvre de plans aussi complexes et dotés d’objectifs élevés. Ceci dit, 10 ans pour atteindre le zéro déchet, c’est un court délai car il faut réformer des modes de production et de consommation profondément ancrés dans notre présente économie linéaire. Toutefois, si la réglementation, les technologies (dont plusieurs demeurent encore à développer), le marché ainsi que si les citoyens/consommateurs sont au rendez-vous, il sera alors possible de se rapprocher de la cible à grands pas. Je souhaite que ces conditions soient rapidement réunies pour initier le passage à l’action et l’IEDDEC sera au rendez-vous pour participer à l’atteinte de l’objectif.    

Daniel Normandin participera au panel « Peut-on atteindre le zéro déchet et quels sont les outils pour y arriver? » le 10 mars prochain à 10h30 en compagnie de Doris Dumas, Denis Leclerc et Anne-Sophie Doré. Il participera également au panel « L’économie circulaire, outil de l’économie verte » le 11 mars prochain avec Anne-Marie Saulnier, Dominique Maxime et Nicolas Biron dans le cadre du Salon des TEQ au Centre des Congrès de Québec.