Rencontre avec Marc Hébert

Expert-conseil et formateur, Marc Hébert répond à nos questions concernant les enjeux rencontrés dans le secteur des matières résiduelles fertilisantes (MRF).

1.  Selon vous, quels sont les freins et les leviers existants afin que les MRF fassent partie intégrante de la démarche actuelle d’économie circulaire au Québec ?

M.H. –  Un des freins existants est certainement la perception de la population face aux MRF. Un travail de formation et de communication doit être réalisé. Par exemple, les boues municipales ne sont pas une matière attirante, autant pour les villes que pour le gouvernement et les groupes écologistes. Peu de gens en font alors la promotion ou la défense. Toutefois, le recyclage agricole de cette matière est une forme de recyclage des nutriments très performante et représentant de nombreux avantages. Elle permet de réduire l’importation d’engrais minéraux à forte empreinte écologique tout en compensant la perte de carbone dans les sols agricoles. Les boues et les cendres de biomasse provenant de papetières, quant à elles, ne sont simplement pas dans le radar des organisations. Le manque de connaissance et de perceptions des avantages de l’exploitation de chaque matière nuit donc à l’inclusion des MRF dans une vision plus circulaire.

D’un autre côté, un des leviers possibles pour l’industrie des MRF est de s’appuyer sur une autre industrie plus attirante et dont tout le monde souhaite s’associer. La production de gaz naturel renouvelable en est un bon exemple.

Par ailleurs, avec des visites d’usines de biométhanisation de biosolides, les intervenants urbains pourront davantage se familiariser avec la filière de l’épandage. Enfin, le principal élément rationnel qui devrait retenir l’attention des acteurs en gestion des matières résiduelles et en économie circulaire est que l’épandage agricole des MRF demeure une des façons les plus efficaces et économiques de réduire les émissions de gaz à effet de serre au Québec, avec ou sans biométhanisation.

2. Le Québec est-il un bon élève en matière de recyclage des matières résiduelles fertilisantes?

M.H. – Le Québec est un élève dans la moyenne. Au Canada, c’est la Nouvelle-Écosse qui est bonne première pour ce qui est du taux de recyclage des matières organiques urbaines (résidus alimentaires et biosolides municipaux). Cependant, le Québec a été champion canadien du compostage pendant de nombreuses années, avant la dégringolade de l’industrie au milieu des années 2000. La province est aussi probablement bonne première au Canada pour ce qui est du recyclage des résidus de l’industrie agroalimentaire (laiteries, abattoirs, équarrissage, etc.). Pour reprendre l’analogie académique : le Québec est bon dans certaines « matières », mais pas nécessairement dans celles dont on parle le plus. 

3.  Que nous manque-t-il pour être les meilleurs dans ce domaine?

M.H. – Le maintien prévu de la redevance à l’élimination des résidus urbains – unique au Canada – et son utilisation pour financer des projets de traitement permettront possiblement d’atteindre le fameux 60 % de recyclage des matières organiques urbaines. En revanche, le taux de recyclage des biosolides papetiers et des cendres stagne depuis plus de 15 ans, faute d’incitatifs suffisants par l’État. Pour poursuivre avec l’analogie académique, je pense qu’il faut commencer par devenir meilleur que ce que l’on a été avant de vouloir être meilleur que les autres.

4. En mars prochain, vous nous présenterez le cas de l’usine Chapais Énergie. En quelques mots, pouvez-vous nous expliquer en quoi ce projet est un bel exemple de réussite? Avez-vous travaillé sur d’autres projets similaires?

M.H. – Ce projet est un modèle de développement durable. Il a permis de végétaliser un site minier orphelin contaminé quasi désertique à partir de résidus industriels disponibles sur place. Ceci a été réalisé selon une approche originale pour en faire un milieu écologique diversifié, riche, avec une faune impressionnante, tout en améliorant la qualité de vie des citoyens de Chapais. Pour Chapais Énergie, cela a permis de réduire les coûts de gestion de ses matières résiduelles. Ceci a été réalisé tout en contribuant à la séquestration du carbone et à l’amélioration de son bilan environnemental en tant que producteur d’énergie verte. C’est le seul projet de végétalisation de site minier sur lequel j’ai travaillé, mais je suis impliqué dans divers projets de recyclage agricole de cendres de biomasses forestières et urbaines.

Marc Hébert a travaillé au ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC) à titre d’agronome pendant près de 28 ans. Artisan du compostage et du recyclage agricole des MRF, il a rédigé des guides, des règlements et des normes de qualité sur les MRF tant au niveau provincial que fédéral. À la suite de son implication au Ministère, il poursuit sa carrière en consultation. M. Hébert est d’ailleurs le co-fondateur du groupe VIA Agroécologie de l’Université Laval. Membre de Réseau Environnement, il s’est vu décerner à deux reprises le prix Fernand-Seguin soulignant l’excellence et la rigueur des auteures et auteurs d’un article technique de la revue Vecteur Environnement lors de la Cérémonie Distinctions

M. Hébert offrira la conférence intitulée « Écologie industrielle et végétalisation d’un site minier à partir de résidus: le cas de Chapais Énergie » le 10 mars prochain lors du Salon des technologies environnementales du Québec.
En savoir +