L’importance de préserver et de réhabiliter nos tourbières

tourbiere

Selon Garneau (2016), les sols constituent le plus grand réservoir de carbone terrestre au monde. Gérés de façon durable, soutient-il, ce monde souterrain a le potentiel de jouer un rôle considérable dans l’adaptation aux changements climatiques. Dans son rapport présenté au MELCC en avril 2016, l’auteur démontre d’ailleurs que « les processus de séquestration de carbone terrestre du nord du Québec proviennent principalement des tourbières et des forêts. »

Se concentrant sur les tourbières, ce court article discutera des impacts environnementaux positifs d’une tourbière et dressera le portrait des tourbières au Québec.

Premièrement, qu’est-ce qu’une tourbière?

Une tourbière constitue un milieu humide caractérisé par l’accumulation progressive de tourbe. La tourbe, quant à elle, est une matière organique fossile formée par l’accumulation continue de matières organiques mortes dans un milieu saturé en eau et donc pauvre en oxygène. La tourbière se développe alors en raison de la saturation ou de l’inondation des sols pendant de longues périodes de temps (Leboeuf et al., 2012).

En fonction de leur mode d’alimentation hydrique, les tourbières sont regroupées sous deux catégories : minérotrophe et ombrotrophe. Les tourbières minérotrophes sont alimentées par les précipitations, les eaux de ruissellement de surface et les eaux souterraines enrichies en minéraux et en éléments nutritifs. Elles ne dépendent donc pas uniquement des précipitations puisqu’elles sont connectées au réseau de nappes phréatiques. Les tourbières ombrotrophes, quant à elles, sont essentiellement alimentées par les eaux issues de précipitations, mais aussi par le brouillard et la fonte des neiges (Leboeuf et al., 2012).  

De nombreux avantages pour l’environnement

  • Les tourbières ombrotrophes régularisent l’écoulement de l’eau.
    En raison de son alimentation en eaux pluviales, cette catégorie de tourbière permet une plus grande rétention de l’eau en agissant comme zone tampon lors de fortes précipitations. Cette caractéristique permet de limiter les inondations dans les zones en aval (Quinty et Rochefort, 2003).
  • Les deux types de tourbières abritent une biodiversité unique.
    La variété d’habitats créés par les tourbières permettent l’épanouissement de certaines espèces végétales et animales qui se rencontrent uniquement dans ces milieux uniques (Quinty et Rochefort, 2003).
  • Elles jouent un rôle de puits de carbone grâce à l’accumulation de la matière organique.
    L’oxygène se fait rare dans les tourbières, celles-ci étant gorgées d’eau. Ces conditions particulières permettent la production d’une quantité de biomasse plus importante que ce qui est décomposé. Entre 40 et 60 centimètres de matières organiques sont alors accumulés chaque année. Par la suite, la décomposition et le compactage naturels permettent à ces milieux d’emmagasiner l’équivalent de plusieurs milliers d’années de matières organiques accumulées dans les sols (Quinty et Rochefort, 2003).
  • Elles emmagasinent neuf fois plus de carbone au mètre carré que les forêts (Leboeuf et al., 2012; Garneau, 2016).
  • Elles sont plus résistantes aux catastrophes naturelles que les forêts, ce qui leur permet d’avoir une plus grande espérance de vie (Garneau, 2016).

Situation au Québec

Au Québec, l’abondance des précipitations et la courte saison estivale favorisent l’accumulation de la tourbe et la formation des tourbières un peu partout sur le territoire. Leur superficie totale est estimée à 116 000 km carré, soit environ 8 % de la superficie totale du Québec, dont près de 85 % se retrouve au nord du 51e parallèle (L’univers de la tourbe, 2020). À titre comparatif, on retrouve 718 000 km carré de peuplements forestiers (Garneau et al, 2016). Dans le sud du Québec, plusieurs tourbières ont déjà été drainées à des fins agricoles, immobilières ou d’horticultures. La destruction de ces milieux humides engendre la perte des biens et des services écosystémiques qu’ils offrent. Il est donc nécessaire de veiller à leur préservation (Campbell-Renaud, 2014).

Afin d’en savoir davantage sur les défis et les solutions afin de réhabiliter les tourbières, Réseau Environnement vous invite à assister à la session Méthode de réhabilitation de terrains contaminés lors du Salon des technologies environnementales du Québec qui aura lieu le 11 mars 2020. Cette session comprendra trois conférences :
1. Technologies novatrices pour la réhabilitation in situ de terrains contaminés – Richard Martel, INRS
2. Réhabilitation d’une tourbière contaminée par des hydrocarbures : défis et solutions – Rachel Thériault, Golder Associés Ltée
3. Réhabilitation in situ des sols contaminés au diesel issus d’un déversement accidentel – Étude de cas – Olivier Charbonneau-Charette, Enutech Inc. et Christophe Gamsonré, Enutech Inc.

Ariel Guindon-Grenon

Secteur Sols et eaux souterraines, Réseau Environnement

LinkedIn

Références :

Campbell-Renaud, E. (2014). L’exploitation des tourbières dans une perspective de développement durable (Essai de maitrise, Université de Sherbrooke, Sherbrooke, Québec, Canada), Consulté le 28 janvier 2020, Repéré à https://www.usherbrooke.ca/environnement/fileadmin/sites/environnement/documents/Essais_2014/Campbell-Renaud_E__2014-10-06_.pdf 

Garneau, M. et van Bellen, S. (2016) Synthèse de la valeur et la répartition du stock de carbone terrestre au Québec (Rapport présenté au MDDELCC). Consulté le 28 janvier 2020. Repéré à http://www.environnement.gouv.qc.ca/changementsclimatiques/Rapport_final.PDF

Quinty, F. et Rochefort, L. (2003). Guide de restauration des tourbières, 2e éd. Association canadienne de mousse de sphaigne et Ministère des Ressources naturelles du Nouveau-Brunswick. Québec, Québec. 119 p. Consulté le 28 janvier 2020. Repéré à http://www.gret-perg.ulaval.ca/uploads/tx_centrerecherche/Guide-restauration_2e_2003_01.pdf

A. Leboeuf, E. Dufour et P. Grondin. (2012). Guide d’identification des milieux humides du Nord du Québec par images satellites. Ministère des Ressources naturelles et de la Faune, Direction des inventaires forestiers et Direction de la recherche forestière, 34 p. Repéré à https://mffp.gouv.qc.ca/publications/forets/connaissances/guide-identification-milieux-humides.pdf

L’UNIVERS DE LA TOURBE. (2020). La répartition des tourbières. Repéré à https://tourbehorticole.com/quest-ce-que-la-tourbe/la-repartition-des-tourbieres/