Rencontre avec Éline Bonnemains, conseillère aménagement du territoire et urbanisme

Éline Bonnemains - photo profil

Conseillère en aménagement du territoire et urbanisme, Éline Bonnemains répond à nos questions concernant la construction durable.

1.         Pouvez-vous décrire quelques éléments représentant de bonnes stratégies en construction résidentielle durable?

É.B. – Le choix du site de construction est un levier majeur pour diminuer l’impact du bâtiment à long terme. En effet, en bâtissant loin des lieux d’emploi, commerces de proximités et services, les habitants du bâtiment utiliseront plus la voiture pour leurs déplacements. Les émissions par habitant peuvent alors être 2,5 fois plus élevées en banlieue qu’en centre urbain. De plus, nous savons que les bâtiments résidentiels consomment 19 % de l’énergie consommée au Québec. Une conception bioclimatique du bâtiment, une bonne isolation de même qu’un système de ventilation performant pour un air intérieur sain sont des stratégies pour obtenir un bâtiment durable. Il y en a beaucoup d’autres, mais ce que notre projet Construire avec le climat démontre, c’est qu’il est tout aussi important de travailler sur l’adaptation aux changements climatiques dans les projets résidentiels. Tant pour les bâtiments que dans l’objectif de diminuer la vulnérabilité de leurs occupants aux effets des changements climatiques. À titre d’exemple, lutter contre les phénomènes d’îlots de chaleur urbains par la végétalisation des bâtiments et de leur environnement est désormais primordial.

2. Où en est le Québec en terme de construction durable?

É.B. – Au Québec, 73% de l’énergie consommée par les bâtiments résidentiels provient du réseau électrique. Or, c’est l’une des énergies les moins chères du monde : 8 cents/kWh contre 34 en Espagne ou au Japon par exemple. Cela n’encourage pas les développeurs immobiliers à investir dans des bâtiments performants d’un point de vue énergétique, car le retour sur investissement est incertain. Plus globalement, la certification LEED est bien connue des professionnelles et professionnels, mais ne concerne encore que de façon anecdotique les constructions de bâtiments résidentiels (173 habitations certifiées LEED v4 au Québec). Les bâtiments certifiés Novoclimat sont probablement plus nombreux, car cette certification permet d’accéder aux programmes de financement AccèsLogis. Ceci étant, les sujets abordés par la certification Novoclimat sont beaucoup plus restreints que pour LEED.

Il manque donc des incitatifs réglementaires et financiers pour faire progresser rapidement tout le secteur de la construction vers une meilleure prise en compte des changements climatiques. Les professionnelles et professionnels que nous avons rencontrés lors de notre étude de besoins nous l’ont eux-mêmes souligné. Un nouveau code du bâtiment canadien sera justement présenté cette année pour aller vers plus de résilience. Espérons, d’une part, que le sujet de l’adaptation n’éclipse pas une hausse des exigences en termes de mesure de lutte contre les changements climatiques et, d’autre part, que son adoption au Québec soit rapide.

3.        Quelle sera la pratique de l’urbanisme dans les prochaines années?

É.B. – Je milite pour que les urbanistes et les développeurs immobiliers collaborent davantage vers le développement de milieux de vie viables : il faudrait une prise en main de la part du monde municipal – réglementaire mais aussi par des outils divers de maîtrise du foncier – et une ouverture de la part des développeurs car in fine, la création de lieux de vie durables et qualitatifs sont bénéfiques pour tous – y compris les développeurs immobiliers qui auront d’autant plus d’opportunités dans des municipalités dynamiques, résilientes et attractives.

Éline, anciennement conseillère en aménagement urbain durable auprès de municipalités françaises, s’est très vite intéressée au secteur du bâtiment, composante essentielle du tissu urbain. Elle a choisi de rejoindre la direction développement durable du premier promoteur immobilier français pour conserver ses valeurs et agir concrètement à cette échelle. En mai 2019, Éline a débuté le projet Construire avec le climat chez Vivre en Ville, leur objectif étant d’outiller et d’accompagner les développeurs immobiliers québécois dans la lutte et l’adaptation aux changements climatiques pour leurs projets résidentiels à destination des populations vulnérables.

Éline Bonnemains offrira une conférence intitulée «Construire avec le climat: solutions de lutte et d’adaptation pour les développeurs immobiliers» le 10 mars prochain lors du Salon des technologies environnementales du Québec.
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